mardi 26 juin 2018

LA MISA TANGO DES ADIEUX


Cela aurait dû bien se passer. Cela s’est bien passé ! Mais entre temps,…comment dire ? Ce fût « épique » ! Adjectif qui se rapporte à l’épopée, mot qui lui-même est un long poème  racontant une histoire « héroïque ». Pour ce qui est de la « poésie » et de l’héroïsme, vous pouvez oublier ! « Nous partîmes huit choristes, et par un prompt renfort… »
Ben, on était toujours huit à l’arrivée à Montmartre, dans le bus conduit par Marie. Mais dans quel état !
Que je vous narre l’aventure. Cette épopée a bien commencée sur le parking de l’école du Noyer Perrot. Une espèce d’engin moderne diabolique nommée GPS nous a envoyé sur l’autoroute du sud au lieu de passer par la « A4 ». Bon ! Pourquoi pas ? Un dimanche ! Sur l’autoroute ! Vers 13h00, il n’y a jamais personne ! Grave erreur de naïfs ! A la hauteur d’Arcueil, l’aveugle et irresponsable petit boîtier électronique nous envoie sur la bretelle de droite, vers le « pestiférique est »  (référence Coluche !) où vient juste de se produire un accident. Je ne vous fais pas un dessin, vous m’avez compris ! Près d’une demie heure d’embouteillage. Là, les nerfs commencent à s’échauffer dangereusement. Mais nous arrivons quand même dans un Paris très encombré. On contourne la Bastille, on prend Beaumarchais, on arrive à République et on enquille Magenta ! Dire que la circulation n’est pas tout à fait « fluide » serait un doux euphémisme que l’on aura pas l’imprudence d’employer. Et là, dans un carrefour encombré, au niveau de la gare de l’est , un « ange gardien » nous apparaît ! Non ! Non ! Je ne plaisante pas ! D’accord, c’est un ange gardien de télévision ! Mais quand même ! Une petite boule blonde émerge de la portière d’une Austin Cooper qui nous arrive en face, pour nous contourner par la gauche ! Mimie Mathie ! Hurle le gynécée en folie, à l’arrière du minibus. Celui-ci penche dangereusement du côté de la voiture de l’artiste. Il faut dire que moi, à l’avant, avec Marie, je reste stoïque. Il me faut bien avouer que les aventures télévisuelles de ce « rase bitume » femelle ne m’ont jamais passionné. Chacun ses goûts ! Ah mais !  Après les petits coucous amicaux de la célèbre naine, on reprend notre voyage en diligence motorisée. Arrivé au pied de la colline de Montmartre, notre petit guide informatique, dans sa boite magique, nous indique un dernier virage vers notre destination. Et là…Horreur ! Deux pandores, dans leur tenue de bal du dimanche, nous font signe qu’aujourd’hui, la rue est réservée aux piétons et aux cyclistes ! Voilà ! Voilà ! On leur serait bien passé dessus, mais cela aurait entraîné des complications qui nous auraient  retardées d’avantage. Bon ! On passe à la rue suivante. Poum ! Même motif, même punition. Alors là, la panique nous gagne. On décide de se jeter dans le premier parking en vue, et d’aviser ensuite. On en trouve un, rue Custine. C’est vous dire si nous sommes paumés ! Nous sommes exactement à l’opposée des Abbesses. En contournant la célèbre colline,  en cavalcade, moitié smart phone à la main, moitié renseignements demandés auprès des commerçants du coin, on arrive enfin à bon port, si j’ose dire. A ce moment du récit, je me dois de faire une petite mise au point nécessaire. Quand nous avons  le malheur de nous plaindre du blocage des rues par la police, il nous est répondu, sur un ton rogne et peu amène que ; « c’était précisé sur l’affichette du concert ! ». Exact ! Mais en tout petit, comme dans les contrats de garantie de votre réveil matin chinois. Et les deux adresses proposées sont quand même très éloignées des Abbesses. Des esprits chagrins et pinailleurs pourraient nous rétorquer que nous n’avions qu’à mieux préparer notre itinéraire. Moi, j’écris ça, je n’écris rien ! Je ne suis qu’un vulgaire passager sans responsabilités. Et c’est là que l’on constate avec amertume que les transports en commun ont du bon, quand ils fonctionnent et qu’ils ne sont pas en grève, bien sûr ! Ca c’est fait ! Donc, poursuivons notre… « Épopée ».
Avec ça, on a complètement raté notre répétition, vu notre arrivée plus que tardive. Nous assistons, un peu honteux et confus, à celle de la Misa Criolla. Ceci nous donne quand même le privilège rare d’entendre la belle voix de Mathieu Sempéré. Ecrire que Jérôme nous accueille à bras ouverts serait faire un gros mensonge. Son œil noir et son regard glacial nous font comprendre que nos explications et nos plates excuses ne serviront strictement à rien pour adoucir sa fureur rentrée. Vers seize heures, l’église se remplit des invités et des spectateurs. Nous voyons arriver quelqu’un qui se place au premier rang, avec toute sa cour, la deuxième vedette de la journée ! Et quelle vedette ! Dans son beau et éternel costume bleu électrique ; Michou ! Le pape indéboulonnable de la nuit montmartroise. Très sympa ! Très abordable ! Tellement abordable qu’il me fait un signe de la main pour que je vienne le voir ! Moi, tellement stupéfait, je me retourne pour voir qui est l’heureux élu ? Ce ne peut pas être moi ? Il ne m’a jamais vu ! Mais si ! Mais si ! C’est bien moi ! Je comprends plus tard que Marie, l’incorrigible Marie, veut faire un « selfie » avec Michou et qu’elle m’a désigné  à lui comme LE photographe ! Je m’exécute avec d’autant plus de  bonne grâce que j’ai déjà fait, à la sauvette, ma pêche miraculeuse de clichés « pipolesques ». Ben quoi ? On peut avoir ses faiblesses de midinette ! Non ? Surtout avec Michou.
Le concert débute après l’inévitable discours soporifique du présentateur, directeur, animateur, cireur de toutes les pompes du ban et de l’arrière ban de la commune, de la paroisse, des élus, de la chorale, de sa belle-mère, du concierge portugais de son gendre qui est très méritant et qu’il faut remercier par un  bruyant brassage de phalanges parfois très bagousés !
Pendant la Misa Criolla, il m’arrive une drôle d’aventure ; une brave dame, aux cheveux couleur des neiges éternelles, m’aborde pour me poser un tas de question sur la chorale, sur le concert, etc. Je lui réponds poliment, comme je peux,  et je vais m’asseoir sur ce qui fut un banc de chapitre de religieux. Celui-ci, adossé au mur, tient par l’opération du Saint Esprit (ce qui est normal dans une église) mais qui possède une furieuse tendance à vouloir éjecter ses passagers vers l’avant, tellement ses pieds sont fragiles. Et je ne vous cause pas des grincements vengeurs du meuble en souffrance. Bref ! En examinant le profil de mon interlocutrice précédente, je m’aperçois, avec stupeur que cette femme est une ancienne collègue de travail dont j’avais perdu la trace depuis….(secret défense).  Je me fends d’un culot que je ne connaissais pas d’habitude, et lui demande si nous n’avons pas travaillé au même endroit ! Oh miracle ! Oh que si ! Nous écourtons nos retrouvailles car c’est notre tour de chanter. Comme un manque de pot n’arrive jamais seul, je dois faire mon entrée le premier, avec mon ami Charles de l’autre côté du chœur de l’église. Nous sommes suivi par la cohorte des choristes qui s’installent sur le praticable. Le moment solennel est arrivé. Des mois de préparations, de répétitions et enfin le grand jour ! Mais ça va ! Pas trop peur ! Tout se déroule à merveille. Le kyrié, le gloria, le credo, le sanctus, le benedictus…..
Arrive enfin le terrifiant et périlleux Agnus Dei ! Périlleux ? On peut dire ça ! On aborde la descente crépusculaire, d’une douceur infinie ; « dona nobis pacem…. »Et là ? Crac ! Petit bruit étrange venant de ma droite, des altos. Je remarque le regard stupéfait de Jérôme qui se porte vers l’endroit du bruit insolite. Malgré tout, notre chant se termine en beauté sous un tonnerre d’applaudissements, comme on écrit dans les romans à deux balles. Mais c’est pas tout ! Que vois-je de mes yeux ahuris, agrandis par la surprise et l’étonnement ? Marie allongée par terre, au fond du praticable, et dont quelques âmes charitables, parmi les altos sont en train de lui prodiguer les premiers soins.  Voyez comme la nature humaine est cruelle et cynique. Au lieu d’avoir une instinctive et naturelle compassion pour ma camarade dans la souffrance, il me vient soudain l’affreuse pensée que c’est MOI qui vais être obligé de me farcir la conduite du minibus ! Je sais ! Je suis un pourri ! J’ai honte ! Ma femme me le dit tous les jours que je suis un « monstre d’égoïsme » ! Mais là, je l’ai tout de suite très bien ressenti. Heureusement il n’y a de chance que pour la crapule, comme me le disait ma grand-mère !  Marie s’est remise sur pied très vite. Sûrement un classique malaise vagal dû au stress du voyage. Le spectacle s’est bien terminé. Le public a été ravi et nous avons bien rempli notre contrat. Il est très agréable de chanter avec plusieurs chorales, et l’harmonie des basses a été parfaite. Mon ami Charles a été un « tuteur de tempo » admirable pour un mécréant comme moi qui n’a aucun sens du rythme. Un dernier petit événement sympathique nous attendait. Comme c’était l’anniversaire de Michou, le chœur unanime a entamé un très émouvant « joyeux anniversaire Michou ». Il faut dire qu’à 87 ans, notre artiste connu dans le monde entier, a  toujours « bon pied, bon œil ». J’ai donc repris ma conversation avec ma collègue retrouvée. Et nous avons « glosé » sur le miracle des rencontres fortuites en espérant nous revoir un jour. Veux  pieux et non pas « vieux pneus » car la vie est souvent avare de ce genre de surprise. Comme tout a une fin,  nous nous égayons tous, en espérant retrouver nos « calèches pétrolières ». Moi, très pragmatique, je propose de refaire exactement le chemin inverse. C’est encore la meilleure façon de ne pas se perdre. Comme nous sommes enfin détendus et assez satisfaits de notre prestation, on va jouer les touristes sans complexes. Il est vrai que le Sacré Cœur est majestueux dans cette fin d’après-midi ensoleillé. On arrive au parking où nous attend la douloureuse ! Avec la prostitution et la drogue, le stationnement en ville, est le troisième fléau mafieux frappant la population citadine mondiale. Je pense que je ne vous apprends rien ? Sur le chemin du retour, je subis alors un quatrième et dernier fléau, mais « auditif, celui-là ! Mes chères compagnes de transports (mais pas de transports amoureux. Je rassure les maris ou les compagnons), mes chères copines, m’ont offert un concert de vieilles rengaines françaises chantées dans tous les repas de noces de France et de Navarre, où l’alcool n’a pas toujours été bu avec modération ! Le latin et les rythmes exotiques du tango ont vite été oubliés ! Moi, je vous dis !
La fibre patriotique a enfin repris le dessus. Et même régionale grâce à un « ptit Quinquin » nordique de derrière les fagots de notre chère Marie-Claude.
Cette belle journée a bien été une épopée joyeuse et amicale où « tout est bien qui finit bien » comme on le disait autrefois pour clore une belle histoire. Car c’est une belle histoire qui s’achève avec ce concert. Celle de choristes amateurs, d’une petite ville de banlieue, portés vers les sommets de l’art lyrique par un  chef de chœur talentueux et généreux, Jérôme Boudin-Clauzel.





lundi 28 mai 2018

ITE MISA TANGO EST

Il fallait que je la fasse ! Bon ! C’est un peu tiré par les cheveux, mais je n’ai pas trouvé mieux. Surtout, un peu mensongère, car il nous en reste encore une à chanter aux Abbesses.
Il faut d’abord expliquer aux moins de quarante ans que « ite misa est » signifie « la messe est dite »,ou terminée ! Il faudrait aussi remonter à Vatican II, pour expliquer aussi pourquoi on ne dit plus la messe en latin dans les églises. Mais là, je sens que je risque de perdre un certain nombre de mes lecteurs. Bref ! Revenons à notre concert de samedi à la rotonde de Moissy-Cramayel city. J’ai rajouté le « city » pour satisfaire à la mode de l’américanisation galopante de notre société. Donc, les « men in black » étaient de retour ! Vous voyez, hein ? Je fais des efforts pour rester encore dans la course ? C'est-à-dire que les hommes avaient retrouvé leur chemise noire et leur pantalon de deuil habituels. Le temps était lourd et menaçant, mais l’orage tant redouté est surtout venu des transports et non du ciel, sous la forme  d’un caddie en goguette qui s’était égaré sur les rails du RER. La panique a failli s’emparer de nos amis choristes parisiens. Heureusement, le Ciel, avec un « C » majuscule veillait sur nous. Et tous, sont arrivés à l’heure pour un premier échauffement, vers 16 heures. Là on a pris nos marques. On s’est jaugé, mesuré, croisé, testé, reconnu, reniflé, posté, examiné, dans les couloirs étroits des coulisses, avant cette répétition sous une chaleur infernale et le chuintement d’une climatisation qui donnait l’illusion qu’une pluie d’orage attaquait déjà notre bâtiment.
Jérôme a fait les derniers petits ajustements comme un mécanicien italien chevronné règle les culbuteurs d’une vieille Maserati essoufflée, c'est-à-dire, avec parfois force cris mais jurons transalpins en moins. Moi, qui ai toujours le regard éternel de l’évasion mentale, je remarque soudain, dans le haut des gradins, un vieux couple isolé avec un tout jeune gamin coincé entre eux, qui ne doit pas avoir plus de quatre ans. Et là, ravissement suprême, je vois ce bambin, le visage épanouit, nous applaudir avec un enthousiasme digne des plus grands aficionados de l’art lyrique. Et quand ses grands-parents l’ont tiré hors de la salle, son petit bras tendu, et son regard lumineux tentaient encore de grappiller quelques secondes de bonheur musical. Si je ne devais retirer qu’une seconde d’orgueil et de fierté de notre prestation, elle n’aurait que cette image là. Un futur passionné de bel canto venait sûrement de naître.
Ensuite, vint l’instant fatidique du concert. Bon ! Il faut avouer que la salle n’était pas à son comble ! Mais les amis et les familles étaient là.
Notre concert s’est divisé en deux « tableaux » comme on dit dans les milieux professionnels du spectacle. D’abord il y eut les « Djinns » suivis de « Cantar del Alma », avec un seul piano d’accompagnement.
Les « cris de l’enfer » ont crevé le plafond du théâtre ! D’affreuses bestioles ont fait un boucan du diable, avant de se barrer au loin. Nous, les hommes, on a failli exposer  nos fronts chauves, à défaut d’autre chose, sur un autel avec des encensoirs. Ici, je dois faire un aparté qui va sûrement en choquer beaucoup.  Dans un « coming out »  honteux et confus j’avoue que je ne comprends rien à la poésie. Mais alors là ? Rien ! Et ça, depuis tout petit ! Jamais aucun poème ne m’a fait vibrer, ne m’a jamais ému.
Je suis aussi sensible à la poésie qu’un moine tibétain devant une danseuse nue dans un cabaret érotique de Pigalle. C’est affreux, n’est-ce pas ?
Heureusement, un célèbre sketch de Coluche me fait penser que je ne dois pas être le seul.
« Amis de la poésie, bonsoir ! ».  Pardon au grand « Totor » alias Victor Hugo !
Ensuite vint le chant espagnol de Mompou. Très beau ! Que l’on connaît à peine, parce que peu répété ! Mais comme le dit notre chef : « Le public ne le sait pas, lui !  ».Il ne faut pourtant pas être dans une phase de déprime aigue pour écouter cette musique, sinon le taux de suicide va grimper d’une façon alarmante dans la population ! C’est beau ! Mais à consommer avec modération !
Ensuite, avec le deuxième tableau, le clou du spectacle : la Misa Tango ! On s’est bien éclaté, les gars..et les filles ! Très beau moment de cohésion musicale des chorales. Cela vaut le coup de ramer pendant des mois pour que l’art lyrique puisse nous donner tant de bonheur, et surtout, en donner au public. Dommage que trop peu de gens puissent en profiter.
La fin du concert nous réservait une triste nouvelle que nous connaissions déjà depuis un certain temps. Une trahison ! Que dis-je ? Une désertion en rase campagne ! Un lâche abandon de troupes malheureuses et désemparées ! D’ailleurs, cette nouvelle reçut l’accueil qu’elle méritait ; une bronca de désapprobation de la part du public et même parmi de nombreux choristes !
Notre vénéré, adulé, admiré, parfois « fayotté à outrance » ( pas de délation, s’il vous plaît !) enfin, bref ! Notre chef de chœur  et de « cœur » Jérôme nous quitte à la fin de la saison.
Oui !  C’est épouvantable ! Mais c’est ainsi ! Douze années de joies lyriques, de spectacles, de souvenirs joyeux se terminent. Un chapitre de notre vie de bénévoles heureux et chantant va se refermer. Mais je pense concocter à notre chef, en guise d’adieux, un ouvrage de ma composition. Mais chut !
Ah mais ? J’allais oublier ? On a encore un rendez-vous aux Abbesses le 17 juin !
Alors là ! On va en faire péter les vitraux de l’église ! Tant pis pour le patrimoine parisien !
A bientôt les amis choristes.

PS. Malheureusement, je n'ai ni sons ni images de notre beau concert. Espérons que certains ou certaines auront pensé à l'immortaliser avec leurs appareils, et qu'on pourra faire un album pour mettre sur le site.

Avec la courtoise complicité de Monique Baron et de Serge Cavanna qui m'ont fourni cette photo!
Magnifique!