lundi 14 mars 2011

Le vieil homme à l’écharpe jaune

Il était là, assis devant moi, sur une chaise haute, au pied d'un escalier de la salle de concert. En face de  lui, un quatuor de jeunes musiciens jouait une petite pièce de Mozart. L’agitation indisciplinée des badauds autour de ces jeunes artistes ne semblait pas l’émouvoir. Il était perdu dans ses pensées. Et quelles pensées ! Car tout à coup, la lumière fut en moi ! Je savais que j’avais déjà vu ce visage quelque part, mais où ? Partout ! A la télé, dans des revues, entendu même à la radio. Oui, c’était bien Lui, le professeur Albert Jacquard en personne. Mais que venait-il faire ici ? Oui, je sais, il a le droit d’être mélomane et de venir écouter de la musique classique. Mais pourquoi à Moissy ? Il faut dire que quelques instants auparavant, nous sortions de la représentation de la « Messe en sol » de Schubert. J’étais encore sous le coup des émotions que nous avait procurée cette interprétation magistrale sous la baguette et l’œil complice, goguenard, narquois, impératif, mais toujours passionné (ce que ne peuvent pas voir les spectateurs !) de notre chef bien aimé, Jérôme Boudin-Clauzel. Je ne l’avais pas vu dans la salle, parmi les spectateurs, mon vieux philosophe. Ceux-ci n’étaient pas très nombreux. Il faut avouer qu’une « messe » de nos jours, ne passionne plus grand monde !
Ensuite, nous avons eu « THE » grand concert de Beethoven, notre fameuse « Fantaisie ».
Pour le coup, je l’ai deviné dans l’ombre, juste au pied de mon épouse chérie. C’est alors que ce sont élevées dans les airs les notes les plus gracieuses qui soient,  provenant de jolies mains parcourant un clavier soumis et docile. Moi, coincé entre le rideau de la scène et mes « petits » camarades, je n’avais qu’attention soutenue et admirative pour cette jeune artiste et sa musique divine. C’est alors que ce produisit un incident qui faillit tout gâcher. Dieu sait si j’aime les enfants ! Dieu sait si j’adore ces petites têtes blondes ou brunes, mais le braillement que j’entendis soudain me provoqua une bouffée de haine soudaine où je me vis étrangler avec plaisir un petit morveux ! Quoi que ceux qui méritaient de l’être, c’était plutôt les parents.
Heureusement, ce fut bref, et je préfère oublier.  Pour le reste, tout fut parfait.
Mais le plus surprenant m’attendait encore, un peu plus tard. Notre école de musique, dans son « infinie  bonté » nous avait réservé des places pour le concert suivant. Et là, j’ai assisté à une chose fabuleuse (enfin pour moi !) ; Plus d’une trentaine de jeunes musiciens, même très jeunes musiciens, ont interprété  la 7° symphonie de Beethoven SANS chef d’orchestre ! Alors là, c’est fort !  C’était hallucinant de voir ces jeunes artistes avec leur talent fou exécuter cette œuvre à la perfection, dans une cohérence et un ensemble parfait ! Si maintenant, on peut se passer de chefs d’orchestre ou va-t-on ? Je vous le demande ! On va quand même garder Jérôme par « affection » car on l’aime bien. Et il peut nous servir à l’occasion. On ne sait jamais ! Il faut dire qu’un homme agitant une baguette devant un parterre de musiciens, cela à toujours de la « gueule » ! Il faut quand même sauver les traditions, ne serait-ce que pour l’esthétique !
D’ailleurs, à propos de « tradition » aucune belle manifestation ne peut se terminer sans un bon buffet. Celui-ci nous a rassemblés dans la médiathèque où nous avons pu écouter un compliment de notre cher Didier Turba que nous remercions pour son dévouement et pour l’attention qu’il nous a portée tout au long de cette journée. Même pendant nos répétitions, c’est vous dire ! 
Mais le plus beau m’attendait le lendemain ! Sur mon bureau trainait une affichette que nos « djeûsses » branchés appellent « flyers » car ils ne connaissent plus leur langue. Et je me mets à lire la liste de nos « solistes » ! Wouah ! Abruti que je suis ! Âne bâté définitif.
Je lis le nom de ma jeune et talentueuse pianiste : Marion Jacquard !
Bon Dieu ! Mais c’est bien sûr ! Ce serait exclamé l’inspecteur Bourrel que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître !
Une petite visite avec mon « destrier gogole » sur le « ouèbe » me confirme ce que j’avais deviné : Le vieil homme à l’écharpe jaune est aussi et surtout un grand père attentionné pour sa petite fille pianiste.